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G-Funk: La Théorie

G-Funk: La Théorie
Ces images sont devenues l'une des marque de fabrique les plus reconnaissable du style de Dre pendant toutes ses années Deat Row. Mais bien plus que cela : elles disent la vérité du G-Funk. Elles nous rappellent que cette musique est tout est tout entière construite pour et autour de l'automobile(Dre ne s'est jamais caché que, lorsqu 'il voulait écouter ce que donnaient vraiment ses sons, c'est dans sa voiture qu'il les écoutait). Dre donna à sa ville le son qu'il fallait pour sa géographie horizontal et disposant de peux de moyen de locomotion autre que l'automobile.

Ecouter "The Chronic" au volant. Tout ce que Dre a introduit dans le rap, avec cette pierre philosophale G de quinze titre et près d'une heure, est calibré pour le voyage automobile : les rythmes nonchalants glissent sur des nappes de synthétiseur comme le flux ininterrompu de voitures sur les highways brumeuses des métropoles moderne ; les basses gonflent dans les speakers et se répandent dans les rues par les portières aux vitres baissées ; les rimes se fondent en refrains sucrés, à reprendre en ch½ur en attendant que le feu passe au vert ; et les morceaux succèdent aux morceaux, scandés par des interludes faisant office d'échangeurs auto-routiers. C'est un funk qui se dans immobile derrière les pare-brises ; un funk qui ne fait plus bougerl es pieds hormis pour freiner ou changer une vitesse. Le funk de Los Angeles.

Le G-Funk est la bande-son crépusculaire d'un road movie à travers les rues de Los Angeles leur succession de maisons, de magasins, de terrains vagues, tous identiques, racontent la standardisation du monde, le commerce, les divertissements manufacturés. L'asphalte est le rhizome de cette société qui en a oublié d'en être une, le G-Funk en est la sève. Etonnante emprise universelle d'une musique qui obsessionnellement, refuse de quitter le circuit clos du ghetto.

Le G-Funk est la musique de l'ennui des grandes cités, il est la bande original de ce voyage circulaire, sans but, à l'intérieur de l'enclos invisible du hood. Derrière sa célébration machinale de l'hédonisme du ghetto, il est le chant triste de ceux qui s'emmerdent. De titre en titre toujours en mouvement, en route vers l'épisode suivant. Sans jamais arriver à destination car, en fait, on ne part jamais. Les gangstas n'ont besoin d'une voiture pour ne pas quitter le ghetto. Et le G-Funk chronique leur voyages dans cette prison dont ils ont eux même construit les murs invisibles. Représentant son quartier, parlant des ces numéros de rues le G-Funk renferme le G dans son univers.

Le G-Funk est le gospel de cette diaspora qui n'est jamais sortie de chez elle, et qui a pourtant conquis le monde. Il raconte ses dérives sans horizon. Parce qu'il ne chante pas le départ hors du ghetto, mais au contraire le plaisir de s »y enterrer, on n'y retrouve pas cette éspérance qui parcourt les blues de l'Underground Railroad. Le G-Funk n'est pas le chant victorieux de la libération du joug de Babylone, il est Babylone.

Mais c'est en abandonnant ainsi la libération du peuple noir au bord de la route pour charger une ou deux salopes à bord comme Dr.Dre dans le clip de "Let Me Ride" que cette musique s'est ouvert la voie ver le grand public tendu tout entier ver sin but ; le fric ? le G-Funk s'est imposé, en quelques mois, comme l'incarnation parfaite du visage monstrueux et tentateur du capitalisme des années 1990.

Rarement musique avait aussi cyniquement porté la marque du dollar. Son histoire, son discours, son imaginaire, tout chez elle rappelait que l'objectif premier de ces concepteurs était de faire du fric, et vite. Sauf que ce n'est pas la richesse que ces morceaux célèbent ; c'est la consommation, cet aveuglant brasier qui pulse au c½ur de la locomotive capitaliste. L'argent passe d'une main à l'autre, s'échange contre une marchandise, un contrat, sans jamais s'arrêter, comme ces voitures qui passent à longueur de journée sur les avenues des villes. Le G-Funk est le son du libre-échange, devenu musique. Death Row apportait ainsi à sa manière une pierre à l'édifice du rêve californiens.

On trouver se message simpliste, on ne peut que constater qu'il est également puissamment efficace. Tout le monde sait, bien sur , que le monde qu'il décrit est un univers factice, entièrement manufacturé à partir de nos fantasmes de Scarfaces d'appartement. Mais on s'en fout. La douceur des mélodies G-Funk nous fait oublier tout ce qu'il y a de crûment mercantile dans le projet gangsta, et nous nous laissons porter par ces basses à l'onctuosité maternelle, comme ces conducteurs qui, le bouton cruise control enfoncé, naviguent à vitesse constante sur les autoroutes américaines, se laissant porter par le flux uniforme du trafic. Sauf que, en plus, ces conducteurs-là conduisent en état d'ivresse, dans ce délicieux état d'euphorie cannabique procuré par la chronic. Qui dura, pour le hip-hop américain, jusqu'à la mort du néo-converti G-Funk le plus célèbre, 2Pac Shakur.

Inspiré du livre de Pierre Evil "Gangsta Rap"


Compton187 Production®

# Posté le dimanche 08 mai 2005 14:53

Modifié le dimanche 05 février 2006 16:06

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